Pas de repos pour les damnés

2020 est un puits sans fond

Deux mois de quarantaine, inquiet pour le monde. Il est presque indécent maintenant d’être inquiets pour sa famille et soi. Et pourtant. La lente érosion de ces derniers mois a laissé notre résilience en lambeaux. Les rythmes du personnel et du professionnel se creusent l’un l’autre. Mais il faut avancer, et croire que tout est cycle.

C’est le temps du soin. Soin de soi, soin des proches. Temps à ne pas penser et simplement à survivre. Temps de la gratitude, aussi. Notre famille a traversé des orages et elle a grandi, contre toute attente.

Mais quelle fatigue

Le monde s’effondre

Il est 6 heures du matin. Ce truc qui fait le tour du monde commence insidieusement à m’affecter. 

Finalement, ma vie est facile: mon seul boulot, c’est de rester à la maison, d’être là pour ma famille, et de continuer à bosser à distance. 

Mais il y a une fatigue à regarder le crash au ralenti des États-Unis, et celui, peut-être un peu moins sévère, de l’Europe. Je suis déjà fatigué de penser à l’APRÈS tout ça. Parce que je vois les réflexes: le renfermement, la xénophobie, la bêtise. Et les voix qui appellent à la raison, et peut être à un peu de changement et d’humanité, sont rares et disparates. 

Pourtant, parce que c’est facile pour moi, j’ai l’impression de ne pas avoir le droit de me laisser aller à cette angoisse, à cette peur. Après tout, c’est bien plus dur pour mon éboueur ou ma boulangère. Ils doivent bosser dehors, sans protection. Les femmes que je vois dans les rares trams qui passent, et dont le boulot et sans doute de nettoyer les chambres d’hôpital ; les infirmères, auxiliaires de soins, les docteurs aux urgences (et encore, j’habite dans une région peu touchée) – ces gens là ont le droit de sentir du chagrin et de l’anxiété. Moi – moins. Mon boulot et celui de ma femme sont à peu près garantis. Mes mômes n’ont pas de problèmes à l’école. 

Mais c’est peut-être bien ça le problème: j’ai beaucoup trop de temps sur les bras, et ça ne me laisse pas d’autre choix que de voir s’effondrer doucement ce monde que nous avons construit pour nous mêmes.

Montrer patte blanche

La députée France Insoumise qui hésite à dire “Vive la France”

“The failure mode of clever is asshole” – il faut que je trouve une traduction à cette pépite de J. Scalzi, bien appropriée à cet échange: le journaliste pense faire une transition maline entre “Nique la France” et “Vive la France” mais comme madame le député ne se laisse pas embarquer, voire se montre surprise, il se retrouve pris de court – ce qui nous vaut d’entrevoir le fond putride de sa pensée: “Mais vous êtes née au Gabon”.Je ne sais pas pourquoi je suis surpris.

Après tout, qu’attendre de plus d’un gars qui pense que “Grandes Gueules” est un bon titre pour une émission?

Ce qui me gêne plus: la chantilly médiatique de BFM décriant après coup l'”hésitation embarrassante” de Danièle Obono, alors qu’il suffit de regarder le clip pour comprendre où est l’embarras! Moi aussi j’aurais hésité, surpris par tant de bêtise crasse, et un tel barrage. “Ce n’est pas très convainquant!”, pour reprendre les termes d’un autre chroniqueur.

En tout cas, à retenir cette règle: si tu es métèque ou barbare, il va falloir donner des gages de francitude avant de siéger au Palais Bourbon. RMC veille au grain.

Vive la France!

Un âge sans conscience.

Une erreur profonde de ma génération et ses suivantes est de penser que la montée du Nazisme est limitée aux années directement précédant la guerre. Il y avait au contraire un terreau, que cet article décrit bien. Les luttes académiques pourries par un racisme qui vient forcément de l’air du temps..

Ce qui ne me rassure pas: malgré tout, l’époque était au positivisme, et le science avait bonne presse. Aujourd’hui, en plus de la montée purulente de la merde brune, la science elle même n’a plus d’écho – on préfère penser “alternatif”. J’ai peur.

How German Mathematicians Dealt With the Rise of Nazism – Tablet Magazine

http://www.tabletmag.com/jewish-arts-and-culture/224161/hitlers-math